Après un brillant parcours académique (X, ENA) je commence ma carrière sous les ordres du Ministre de l'Economie et des Finances à organiser les privatisations. Le concept de "noyau dur" vous vous souvenez, bien c'est moi, bibi aux chaussettes trouées (ça faisait délicieusement cool et servait mon image).
Fort de mon carnet d'adresses, je rentre alors dans une prestigieuse banque d'affaires du bd Haussmann qui fait pas mal parler d'elle actuellement, du rififi entre son patriarche français et Bruce le manager américain qui se voudrait tout puissant : conflit d'hommes, de cultures et de générations...
Après quelques années, je me fais débaucher par un petit papy sec à l'oeil vif qui dirige d'une main de fer une vieille dame très respectable de l'économie française. Respectable car la distribution d''eau consistait à l'époque à arroser de façon trés équilibrée...
Respectable, rentable et solide, cette vieille dame ne fait pas rêver le peuple. Or le peuple a besoin de rêver. J'ai à peine la quarantaine alors, je ne peux me contenter d'arroser et de collecter les déchets toutes ma vie. Poussé par ma volonté de pouvoir, mon ego, ma vision technocrate et mon sens de la démesure, je casse vite les vieilles baronies et j'entreprends d'en faire à la hussarde un géant mondial des medias. Après tout, mon ex pote Edgard l'avait fait avant moi avec son Groupe familial...
Je me lance alors dans plusieurs méga acquisitions qui endettent le groupe outre mesure. Très logiquement, je le conduis assez vite au bord du gouffre. Tout aussi logiquement, mais avec un certain cynisme - ils avaient quand même cautionné ma politique - mon Conseil me fout alors à la porte sans ménagement et je dois renoncer à mon parachute de 20M€ et mon appartement de New York.
Pour survivre, mon ex Groupe sera alors obligé de se débarasser rapidement de tout ce que j'avais acheté à prix d'or. Moi, je donne des Conseils, c'est ce qu'on fait quand on a plus rien à faire.
Durant la folle croissance, malgré des difficultés croissantes de trésorerie, je suis obligé de prendre quelques libertés avec la réalité des comptes pour faire bonne figure. Je trompe ainsi allègrement des milliers d'épargnants et laisse finalement une ardoise de plusieurs dizaines de milliards de francs.
L'AMF vient ce jour de reconnaître que "entre 2000 et 2002 j'ai trompé le public, surpris la confiance du marché et porté préjudice aux actionnaires".
Et ils ont même rajouté : "durant la période d'octobre 2000 à avril 2002 où les difficultés financières du groupe augmentaient au rythme de ses acquisitions et se traduisaient par une incapacité croissante à générer la trésorerie indispensable à sa compétitivité, M. ?, Pdg de ?, a délibérément diffusé au nom de cette société, à propos (...) des dettes, des cash flow (la trésorerie, ndlr) et des perspectives d'avenir du groupe, des informations inexactes et abusivement optimistes".
Et vous savez quoi, pour tout ça, malgré les milliards que j'ai fait perdre par mes dissimulations, et bien elle ne m'inflige qu'une petite amende de 1M€...
Je dis MERCI. La France est un merveilleux pays ! Les ricains ont été autrement plus dur avec moi !
Qui suis-je ?
facile!
Posted by: Nicolas | December 08, 2004 at 12:44 AM
Je ne suis pas certain que le but était d'en faire une devinette difficile !
Posted by: Michel de Guilhermier | December 08, 2004 at 07:45 AM
"je dois renoncer à mon parachute de 20M€"
Si personne ne fait rien de ces 20M€ je les veut bien ;=)
Et pourquoi moi je n'ais pas le droit à un poste de pantouflard ?
Je peux être aussi mauvais et mégalo que notre ami J6M !
Alors grand groupe, si vous cherchez quelqu'un que vous pourrez sur-payer contactez moi ! ;=)
PS : j'avais entendu dire qu'après son échec cuisant, J6M avait monté un fon dd'investissement aux USA ?
Si oui il a une confiance en lui absolument démente !
Posted by: Laurent Desechalliers | December 08, 2004 at 09:49 AM
J2M non... ;^)
Posted by: Jimmy Bonnal | December 09, 2004 at 07:38 AM
Jimmy, c'est toi qui le dit !
Mais je me révolte juste contre cette situation. La déliquance en col blanc n'est pas très taxée en France et ça fait vraiment république bananière...
Aux Etats-Unis, il y en a qui finisse en prison mour cela (ie l'ex patron de Tyco ou Enron)
Posted by: Michel de Guilhermier | December 09, 2004 at 09:37 AM
Bonjour,
Juste une question... What about Steve Case ? grand maître d'oeuvre de la fusion AOL/Time Warner, parti avec je crois quelques 300 millions de dollars après que le groupe qu'il dirigeait ait posté des pertes mirifiques en 2002 (100 milliards ?)
Combien de milliards de dollars partis en fumée avec l'éclatement de la bulle Internet ? Mille Milliards ? Qui a payé la facture ? Pas les grands fonds de capital risque (ces messieurs-je-mise-sur-dix-et-je-fais-la-bascule-sur-un-ou-deux-tanpis-pour-le-gachis) mais des millions de petits boursicoteurs qui ont cassé leurs plans d'épargne ou de retraite pour financer la folie des grandeurs (très communicative à l'époque, il faut reconnaitre) des Messiers/Case and Co.
Hier la "bulle Internet", aujourd'hui la "bulle iPod", demain la bulle des "nanos" (technologies), la "nouvelle, nouvelle, nouvelle, nouvelle... économie" ne serait-elle qu'affaire de "bulles" ?
Bullez, bullez, il en restera toujours quelque chose ;-)
Posted by: Philippe Astor | December 10, 2004 at 09:59 AM
"la "bulle iPod","
Le iPod se vend bien je ne pense pas qu'on puisse lui reprocher d'etre un phénomène de mode. Il e est de même de plein de chose : les pokemon, ma makarena, les tour du coup pour téléphone portable...
Posted by: Laurent Desechalliers | December 10, 2004 at 07:39 PM
"La bulle IPOD" c'est pas mal.
OK ça se vend bien parait d'il. On voit de la pub partout en France, mais est-ce que cela se vend en France. J'ai pas l'impression ?
Je fais le // avec les pages jaunes version internet en France. On voit de la pub partout sur les télé, mais est-ce que cela se vend ?
Pour continuer sur FT (il n'y pas de raison que l'on tappe uniquement sur vivendi ;).
Combien vaut une licence UMTS aujourd'hui ?
Question subisdiaire : combien est valorisée la licence UMTS dans les comptes de FT ?
Posted by: laurent bervas | December 14, 2004 at 07:53 AM
en tout cas, aux entreprises, les Pages Jaunes Internet, ça se vend... cher...
J'ai un client qui paye ce service, un de ces 4, je ferai une petite étude de rentabilité de la chose.
En tout cas, en gros les visites du site par les pages jaunes representent 5% de ce qu'amène google et moins de 1% du total.
Si ça marche pas, ça m'étonne pas, c'est beaucoup trop cher...
Posted by: Jerome | December 16, 2004 at 12:53 AM
François ne m'avait pas encore parlé de tes talents de journaliste...
Je vois également que tu as quelques fidèles et déja un réseau. Bravo!
Posted by: Gerente | December 16, 2004 at 12:47 PM
Je réponds avec du retard car très occupé ces temps-ci : c'est la très haute saison en ce moment, avec ça la multiplication des problèmes...
- Jimmy : c'est J2M ou J6M, c'est selon. JM Maitre du Monde Moi-Même....Ca fait bien J6M !
- Laurent : il n'y a pas de chiffres spécifiques Francce pour l'iPod, mais je crois quand même que ça marche très bien ici. C'est aux US surtout où c'est de la folie et Apple a réussit à en faire un objet culte. On en est pas encore là chez nous...
- Henri : merci de ton mot,bienvenue dans la blogosphère, je viens d'aller voir ton blog. J'ai l'impression que Marseille devient ton centre de vie. Dis bonjour à François de ma part et fais lui comprendre que l'amitié ça se cultive aussi !
Posted by: Michel de Guilhermier | December 16, 2004 at 12:57 PM
Je suis d'accord sur le fond (la conclusion). Il y a une vraie complaisance à l'égard de la délinquance en col blanc.
CEci-dit, il y a quand même une erreur dans ton début : la GXXXX des EXXX n'était pas une vieille dame "Respectable, rentable et solide".
- Elle était engluée dans de nombreuses affaires de corruption, qui pouvaient faire peser une grosse menace sur le groupe
- Elle était très lourdement endettée
- Sa rentabilité ne lui permettait plus de se développer tout en remboursant sa dette
L'erreur de Messier aura été de parier sur la bulle, d'entreprendre un développement plus qu'hasardeux, puis d'être malhonnête.
Mais son diagnostic de départ était juste : un banquier, pas un entrepreneur.
Posted by: Nicolas/versac | December 17, 2004 at 12:19 PM
Michel > je ne suis pas totalement en phase avec toi. J6M avait une vision et une stratégie (je ne dis pas la bonne..).
Et aujourd'hui ? Je te propose de poser aux gens que tu croises en ce moment cette question:
"C'est quoi le métier de Vivendi ?"
Et bien, dur de répondre.
Posted by: Pascal | December 18, 2004 at 09:45 PM
Pascal,
Oui, le métier de Vivendi n'est plus en effet très clair, et comment pourrait-il en être autrement avec toutes ces ventes d'actifs qu'à opérés Fourtou depuis 2 ans pour sauver les meubles et éviter le dépôt de bilan. Vivendi n'a plus que 20% de Veolia, qui regroupe les métiers "historiques" de feu la GdesE d'il y a 10 ans, et bien peu savent que c'est maintenant avant tout une compagnie de téléphone !
Mais je dirais : "so what" ?
Venons en au coeur du débat.
On ne peut tout de même pas mettre dans le même sac "vision" et "mégalomanie irréaliste" ! C'est du galvaudage ! Une vision est nourrie par une connaissance juste de la réalité, pas d'un rêve déconnecté. S'il y en a un qui avait et a toujours une "vraie" vision, c'est plutôt Henri Proglio, qui s'est d'ailleurs heurté à l'époque à J6M qui voulait l'éjecter.
On ne peut pas non plus appeler "stratégie" le fait d'acheter à n'importe quel prix des actifs qui ne valent pas grand chose ! C'est aussi du galvaudage. Un actif "stratégique" doit payer off un jour ou l'autre, pas se revendre à 10 ou 20% de ce qu'on l'a payé !
La stratégie, par essence, est l'art d'allouer ses ressources, par définition limitées. Et, presque par définition, on ne fait pas n'importe quoi avec des ressources limitées...
Et selon cet angle j'ai du mal à créditer J6M d'une quelconque vision et d'une vraie stratégie.
Posted by: Michel de Guilhermier | December 19, 2004 at 08:51 AM
Je comprends ce que tu dis aujourd'hui, mais bizarrement tous les analystes disaient en 2000 que J6M avait une vision et une stratégie, tous (beaucoup étaient contre bien sur). Le métier de Vivendi aujourd'hui ? Et bien oui, tu l'as dit : c'est Cegetel + SFR, et le tout est à vendre... Alors bientôt, plus de métier du tout ?
PS : je suis passé à Courbevoie l'autre jour voir une startup logée dans le meme immeuble que tes bureaux. La prochaine fois, je m'incruste pour un drink !
Posted by: Pascal | December 19, 2004 at 10:55 AM
Ben Pascal, si tu passes à Courbevoie sans venir me voir la prochaine fois, je risque d emal le prendre !!
Sérieusement, passes quand tu veux...
Pour ce que est du caractère visionnaire des analystes...no comment...
Fut un temps où Henry Blodget et Mary Meeker était des demi-dieux !!!
Posted by: Michel de Guilhermier | December 19, 2004 at 01:02 PM
Nicolas,
Pour ce qui est de la corruption, je suis entièrement d'accord, et c'est bien ce que j'ai voulu dire par "Respectable car la distribution d''eau consistait à l'époque à arroser de façon trés équilibrée..".
Pour avoir des contrats, il fallait bien arroser à droite comme à gauche...
Maintenant, le métier de distribution d'eau et de gestion de l'énergie se base sur des concessions ou des contrats de 10 ans voir plus. Ainsi, pour ces métiers, au début de l'année, le CA est certain à 90% minimum, et c'est en ce sens que je dis que c'était du solide. Et ça l'était bien sur le plan économique, nonobstant le reste...
Posted by: Michel de Guilhermier | December 19, 2004 at 04:04 PM
La même histoire peut être racontée avec pour protagonistes: Jean Maxime Lévêque et Jean Yves Haberer, Michel Bon (le très mal nommé), Pierre Bilger, et dans des proportions à peine moindres avec d'autres protagonistes qui ont tous en commun le fait d'être issus des cinq premières places du classement de sortie de l'ENA,une mafia que l'on appelle "inspection des finances" dans notre beau pays.
La faillite de Messier n'est pas seulement la faillite d'un mégalo incompétent. C'est celle d'un système qui répartit les postes de pouvoir entre les membres d'une seule caste qui se serre les coudes et se sert par la même occasion quoiqu'il arrive. C'est celle d'un système qui ne sanctionne pas les déviances des membres de la caste (haberer coule une retraite heureuse...). C'est celle d'une nomenklatura à la française, d'un annuaire de 1386 noms sélectionnés à 25 ans pour appartenir à une nouvelle noblesse d'état toujours plus avide de privilèges.
Le pire est que rien n'étant fait pour réformer ce système (tu parles charles, trop bonnes les places !), on peut être certain qu'il y aura encore des scandales de type "Crédit Lyonnais Haberer" ou "Vivendi Messier" dans les années à venir.
(pour approfondir: l'ouvrage de Ghislaine Ottenheimer "les intouchables" vous apprendra tout sur le mode de fonctionnement de cette néo-féodalité)
Posted by: vincent | December 20, 2004 at 01:28 PM
Pour ceux qui n'auraient pas trouvé la solution, voici un indice: la rue qui passe derrière la prison de la santé porte son nom. Est-ce un signe du destin? Il semble bien que non, aux dernières nouvelles. Voila bien le capitalisme à la française, où les actionnaires sont considérés comme trop immatures pour être tenus informés de façon objective et régulière, et où les frasques des patrons sont finalement sans conséquence pour eux.
Ca n'est pas prêt de changer! J'ai entendu la semaine dernière à la radio un économiste et universitaire réputé, Bernard Maris, enseignant à Paris VII, professer quelques âneries qui m'ont bien fait rire sur le moment. Il constatait comme un phénomène alarmant le nombre et le volume des réductions de capital sur le marché US, mentionnant en particulier Microsoft. Il nous en livrait simultanément l'horrible explication: les actionnaires, et les dirigeants au travers de leurs stocks options, s'octroyaient ainsi des revenus considérables au lieu de consacrer cet argent au développement de leurs entreprises et donc au maintien de l'emploi! (Belle illustration de l'horreur économique de notre époque, dont M.Maris s'est fait le chantre!) Le fait que l'argent en question n'était sans doute pas destiné à rester inactif ne l'avait pas effleuré.
Ma gaieté s'est vite changée en consternation lorsque j'ai entendu son contradicteur, lui aussi sans doute renommé, mais j'ai oublié son nom (ce n'est pas bien grave!). Celui-ci rétorqua que ces mouvements de réduction du capital ne traduisaient pas un complot des possédants contre l'emploi (ouf!) mais trouvaient leur origine dans la méfiance croissante des entreprises à l'égard de la dictature de la bourse! Les entreprises tendaient à privilégier les fonds d'investissement privés, supposés leur laisser davantage les mains libres pour assurer une gestion à long terme indépendante. Fallait-il comprendre que Microsoft, lassé de la dictature des résultats publiés trimestriellement, allait se tourner vers des investisseurs privés? Je ne l'ai pas su, car c'en était trop, j'ai coupé la radio. Avec de telles élites du savoir économique, le chemin à parcourir pour assurer la compétitivité du marché boursier français sera encore long. Vive le marché US!
Joyeux Noel et meilleurs voeux quand même!
Posted by: François | December 23, 2004 at 02:27 PM
François,
Merci de ton input, détaillé, précis et avec l'anecdote amusante...
je te rejoins tout à fait dans l'analyse concernant le rôle et l'influence des "élites" économiques de la nation...
Posted by: Michel de Guilhermier | December 24, 2004 at 07:55 AM
Certes je partage un certain nombre de ces commentaires sur la façon dont sont dirigées les entreprises françaises mais deux ou trois choses me semblent passées à la trappe: Il est toujours plus facile de commenter la stratégie du coach apres le match qu'avant.
Mon impression est que la responsabilité de ces faillites n'incombe pas seulement au PDGs mais surtout aux systèmes de gouvernance d'entreprise établis en France. Les conseils de surveillance des plus grands groupes français sont une vaste fumisterie ou l'on retrouve les même tête. Comment envisager alors une analyse critique quand celui que l'on est censé border est égalament celui qui nous borde dans un autre conseil ?
Dans l'affaire Vivendi, si l'on rapporte la peine de J2M au sanctions imposées aux membres de son conseil de surveillance, finalement il en prend plein la gueule !
C'etait ma modeste contribution contradictoire
Posted by: Daniel Broche | December 28, 2004 at 10:55 AM
Merci Daniel,
J'approuve =
C'est aussi ce que François indiquait en parlant des pseudos "élites", qu'on peut élargir à la gouvernance d'entreprises...
C'est aussi ce que je disais en citant "...mais avec un certain cynisme - ils avaient quand même cautionné ma politique"
Les PDG est l'éxécutant opérationnel du Conseil de Surveillance (ou d'Administration) qui a la charge de le contrôler. Dans le cas de Vivendi, les responsabilités devraient être tout à fait partagées. Le Conseil a fini par reconnaître que J6M n'était pas à sa place, sans surtout se remettre en cause et prendre leur part de responsabilité.
J6M, quelle que soit sa compétence ou incompétence en tant qu'industriel visionnaire, a charmer/endormi le Conseil qui n'a pas eu le rôle critique qu'il aurait du avoir.
C'est toute une éducation, une culture, une façon de vivre l'entreprise et ses responsabilités qui a mon avis sont à changer, mais ça va prendre beaucoup de temps...
J'ai de mon côté aussi un Conseil de Surveillance, et je palpe très bien, parfois jour après jour, l'importance d'avoir un Conseil de qualité...
Posted by: Michel de Guilhermier | December 28, 2004 at 11:06 AM