C'est l'histoire d'un ami qui a une agence web qui marche bien, profitable, et qui a du cash dans les caisses. Mais voila, il m'avoue que faire les sites des autres, ça commence à l'ennuyer...et comme il a "toutes les compétences en interne pour faire les sites, les faire connaître..." (je cite), il songe à se lancer lui-même en e-commerce !
Et puis, "même si l'agence dégage pas mal d'argent chaque année, c'est une activité qui est difficilement revendable, alors qu'un bon business ecommerce l'est forcément plus" (je cite toujours).
Bon, mon ami, moi je t'invite à bien réfléchir avant de te lancer.
Voila ce que je voudrais/pourrais te dire, très simplement :
- Pour réussir dans une activité, il faut en maîtriser les facteurs clés de succès. Et, non, maîtriser les facteurs clés de succès dans le monde des agences web ne te donne pas toutes les compétences pour réussir en e-commerce, loin de là je pense. Les paramètres ne sont pas tout à fait les mêmes.
- Reprenons aussi les fondamentaux factuels, l'eCommerce, c'est un métier dans lequel bien peu de gens gagnent de l'argent ! Quand dans un secteur les grands acteurs sont juste au break-even at best, ça donne le ton...
- Si tu trouves un secteur qui jouit d'economics favorables (marge brute, repeat, etc), si tu arrives à te construire de vrais avantages concurrentiels pérennes distincts, si tu sais avoir un vrai sens du client, de ses besoins, de comment lui parler, si tu sais toujours rester frugal jusqu'au bout de tes ongles, là, oui, tu peux réussir. Mais cela fait beaucoup de si...
- Question valorisation, puisque tu l'évoques, oui un "bon business e-commerce est revendable", mais s'il a une certaine taille, s'il est correctement rentable, si tu as une position assez forte dans ton segment, etc. J'en connais des entrepreneurs qui ont lancé leur site eCommerce et qui cherche en vain à le vendre. J'en connais aussi qui faisaient plusieurs millions de CA et qui en ont tiré des clopinettes, voire rien du tout...
Evidemment, il n'y a jamais rien d'impossible, mais je dis juste que the odds are unfavorable.
Que tu commences à t'ennuyer, je comprends; que tu veuilles utiliser le cash dont tu disposes, je comprends aussi, mais je pense que tu as très probablement bien mieux à faire de ton temps et de ton cash !
Mais comme tu me l'as écrit, "je n'ai peut-être pas toutes les cartes" ! Alors si tu vises un secteur dans lequel tu jouis d'un véritable avantage concurrentiel majeur pour une raison ou une autre (sourcing exclusif, avantage aux achats, etc), tu as déja une base...
Et pour prendre une analogie avec le monde physique, je finirais en disant que je ne connais pas de prestataire en agencement de magasins qui se soit lancé dans le retail...
A propos d'eCommerce, j'apprenais aussi ce midi qu'un acteur dont le modèle faisait rêver il y a 2 ou 3 ans, qui avait connu un démarrage fulgurant, qui avait levé de très nombreux millions d'euros...était aujourd'hui en pleine déconfiture !
Pour le mot de la fin, ON VEUT DES NOMS :)
Posted by: Le futur Ex Royaume | August 23, 2011 at 09:32 PM
Bah, non je peux pas citer...
Mais on va surement en entendre parler a court terme...
Posted by: MdeG iPad | August 23, 2011 at 09:45 PM
Pour le mot de la fin : Groupon peut être ?
Posted by: Benoit | Info-ecommerce | August 23, 2011 at 10:25 PM
L'herbe est toujours plus verte ailleurs et c'est le grand complexe du prestataire qui se dit que s'il fait pour les autres il saura faire pour lui.
L'inverse est peut être plus facilement vrai, le ecommerçant qui devient prestataire de services ou agence web ;-)
Posted by: Thibaut Bayart | August 23, 2011 at 10:26 PM
Parfaitement d'accord avec les interprétations qui sont faites sur ce "projet type".
Posted by: Julien | August 23, 2011 at 11:19 PM
@Benoit, non, pour Groupon on parlerait plutôt de centaines de M€...
J'évoque une start-up française...
Posted by: Michel de Guilhermier | August 23, 2011 at 11:40 PM
Si c'est pour gagner de l'argent et revendre avec une bonne plus-value, 100% d'accord avec toi Michel, c'est hasardeux sauf niche spécifique.
En revanche, je pense qu'une boutique "laboratoire" peut être un vrai plus pour une webagency, pour tester de nouveaux outils et suivre en temps réel ce qui se passe chez un e-commerçant. Toujours intéressant pour mieux convaincre les clients...
Posted by: zanskar | August 24, 2011 at 12:17 AM
Le concept de "laboratoire" est intellectuellement séduisant en effet, mais pour qu'il marche ce laboratoire, il faut quand même jouir de certains avantages concurrentiels dans le secteur choisi...
Posted by: Michel de Guilhermier | August 24, 2011 at 07:15 AM
Je pense qu'un responsable d'agence sera quand même plus à même de maintenir et promouvoir une boutique que n'importe quel client lambda.. Et lorsque on le fait pour nous, nous déployons forcément plus en R&D, en innovation qu'on le ferait en tant que prestataire.
Posted by: Salya | August 24, 2011 at 08:05 AM
Si l'agence a du temps et du cash, le concept laboratoire (si c'est bien fait), ne présente que des avantages, et il est nul besoin à mon avis d'avoir des avantages concurrentiels dans le secteur choisi.
Sans aller vendre à perte, il n'est pas non plus nécessaire de faire des profits, et ca peut justement permettre d'acquérir une certaine base, un certaine volume.
Du coup, il peut même monter plusieurs sites en parallèle, voir celui qui a le plus gros potentiel/rentabilité au bout de quelques mois, et ensuite en faire son business principal à moyen ou long terme.
Posted by: Thierry | August 24, 2011 at 09:22 AM
@ Michel L'avantage concurrentiel est un point essentiel que tu as maintes fois abordé dans tes posts, et dans tes ateliers entrepreneurs ! Et là, on est dans le domaine du marketing, qu'on soit on ou off line, c'est le gage de la pérénnité et de la rentabilité !
Posted by: zanskar | August 24, 2011 at 09:38 AM
un e-marchand qui a levé des millions d'euros et qui faisait rêver il y a 2 ou 3 ans, c'est soit un site de ventes privées, soit un site de chaussures. Je me trompe ?
Bon après il reste encore plusieurs possibilités dans chaque catégorie...
au passage quel est le rapport entre ton exemple de webagency et cette déconfiture ?
(sur le fond je te rejoins, il y a surement mieux à faire en partant d'un core-business de webagency que de démarrer un e-commerce qui demande plein de nouvelles compétences et assure un retour sur invest assez difficile)
Posted by: Daniel | August 24, 2011 at 09:39 AM
Un Post excellent Michel. Savoir ce qu'on sait faire et le faire bien. A fond. Avec Passion et différence. Avec un client au coeur de la démarche.
Chez Altics on teste (en Labo ou à distance) puis on améliore l'e-merchandising des sites marchands (à la performance). 15 livres blancs e-Commerce à télécharger pour celles et ceux que l'e-Commerce intéresse > http://bit.ly/qv5P6w :)
/Olivier
Posted by: /olivier | August 24, 2011 at 10:19 AM
ah j'ai peut être oublié le business de la pièce auto qui avait bcp le vent en poupe en 2009...
Posted by: Daniel | August 24, 2011 at 10:24 AM
C'est dans les libres blancs d'Altics de faire de la pub sur les blogs des autres ? parce que là c'est déplacé non ?
Posted by: Jacques Froissant | August 24, 2011 at 10:41 AM
+ 1 avec Jacques.
Merci pour ce post Michel. Il faut admettre que c'est rageant de penser qu'on a toutes les cartes en mains mais de devoir se résoudre à ce réalisme.
En poussant la réflexion jusqu'au bout, quel est le conseil pour votre ami ?
Investir ce cash pour proposer de nouveaux produits ou services à ses clients existants ?
Ou bien se dégager du temps pour explorer une nouvelle activité qui lui redonne du plaisir (hors e-commerce) ?
Posted by: Alberto TATONE | August 24, 2011 at 11:20 AM
Apres reflexion je crois que tu fais allusion a MyFab ou l'un de ses clones...
Posted by: daniel | August 24, 2011 at 12:32 PM
Bon les amis, non, je ne dirais rien, du moins pas avant que la transaction soit publiquement faite.,,
Ce que je voulais juste illustrer, c'est pas parce qu'on leve des millions et que le modèle fait rêver qu'on ne peut pas quelque temps plus tard se planter totalement....
L'ecommerce, c'est vraiment dur, il fait etre très très pointu dans l'exécution et ça ne supporte pas l'a peu pres et le manque de rigueur dans l'exécution
Posted by: MdeG iPhone | August 24, 2011 at 12:42 PM
en tout cas si ton ami ne sait pas comment utiliser et faire fructifier son argent, tu peux toujours lui passer mon Exec Summary :o)
Posted by: stéphane | August 24, 2011 at 12:59 PM
L'ami en question a aussi réfléchi à investir ou racheter un site déjà existant, histoire de gagner du temps :-)
La solution "laboratoire" est aussi clairement envisagée. Au moins, si on se plante, on pourra se dire que c'était juste pour tester :-)
Posted by: L'ami | August 24, 2011 at 01:09 PM
Bonjour,
La question de la rentabilité est d'autant plus forte avec la maturité des leviers webmarketing qui induisent une hausse de coût d'acquisition client.
Ceci dit, pour nous, tout ou presque est mesurable.
Grâce aux données agrégées des différents clients, une web agency a beaucoup d'informations pour sélectionner son activité et réaliser ses projetions et définir ses objectifs.
Avec plus de trois ans de gestion de campagnes majoritairement pour des PME, je comprend la tentation après avoir vu des clients passer de 10 000 € de CA par mois à plus de 200 000 €.
En fait, avec l'expérience, je pense que faire ce choix induit surtout de savoir s'entourer pour les différents métiers d'un e-marchand : achat, logistique, marketing en plus d'avoir le financement pour lancer la machine.
Joli challenge.
Posted by: Etienne | August 24, 2011 at 02:16 PM
C'est les challenges et l'envie de se lever chaque matin qui nous font tous avancer !
Nous sommes un peu dans dans la même situation que l'Ami (enfin avec moins de cash, et moins de temps), et nous nous lançons !
Posted by: Bougiz | August 24, 2011 at 02:26 PM
je ne comprends pas pourquoi les web agency n'ont pas l'air de s'intéresser plus que ça au mobile qui est une extension assez naturelle de leur business et surtout en plein croissance avec des marges a priori supérieures à celle du web (disclaimer : je travaille dans le secteur du mobile)
remarque pour les 2 derniers commentaires : un "gros" CA ne fait pas une bonne rentabilité pour autant...
Posted by: Romain | August 24, 2011 at 02:39 PM
Tiens, c'est exactement mon histoire ça!
J'ai quitté mon agence Web pour me lancer dans le e-commerce (un produit de Web analytics).
Et tu sais quoi? Tu as raison dans tout ce que tu affirmes. Ça sera tout sauf facile et toutes les chances sont contre nous.
Mais si c'était facile, tout le monde le ferait, non?
Et puis le e-commerce, ça permet de construire de la valeur et des revenus récurrents.
Si ton ami cesse de faire des sites Web, il ne fait plus de fric. Du e-commerce qui fonctionne, le fric entre même si on boit un pina-colada sur une plage au Mexique.
Excellent billet ;)
Posted by: Stéphane Guérin | August 24, 2011 at 03:52 PM
Et un e-commerçant qui lancerait une agence Web ? On lui dit quoi ?
Après tout, il a l'expérience de ce qui marche et de ce qui ne marche pas, et puis au moins, il va dans le bon sens : pas d'argent -> + d'argent ;o)
Mais c'est vrai, faut pas y aller. Non vraiment faut pas. Le problème, c'est qu'on peut pas s'en empêcher. Après de deux choses l'une : soit on jouit des clés de succès citées plus haut, soit c'est une vraie passion, qui compense largement la baisse dramatique du niveau de vie. Ah ben oui, on va plus au resto tous les deux jours, c'est sûr, et on roule en 406 de 2004 dont la clim est tombée en panne il y a moult mois. Mais on s'éclate !!
Posted by: silvia | August 24, 2011 at 04:28 PM
pour la start up en perdition : myfab ou un clone à coup sur... leur modele ne favorise pas le repeat business et attendre 3 mois pour une poubelle... Gros buzz au début donc beaucoup de commandes puis levée de fonds, mais les clients se lassent vite !
Posted by: Linda | August 24, 2011 at 04:28 PM
Bien d'accord avec Linda sur les models myfab like
Posted by: Thibaut Bayart | August 24, 2011 at 11:01 PM
@l'ami ;-)
Racheter te permet de gagner du temps mais ne regle pas le pbm de l'avantage concurrentiel ! Y a que ça de vrai sur le moyen
/long terme !
Posted by: MdeG iPhone | August 24, 2011 at 11:18 PM
Que je suis content de voir enfin la raison revenir en premiere ligne
Que de contre verités énoncées toutes ces années tout de même !
Le vrai pb du e commerce c'est le marketing fait par les web agency qui promette tout et n'importe quoi à leur client, ils finissent par y croire eux même... Je n'ai qu'un mot à dire : essayez, vous apprendrez toujours quelque chose
Merci michel
Posted by: Gwenael | August 25, 2011 at 02:52 PM
C'est le syndrome agence. Toute la journée on rencontre/échange avec des ecommerçants. On connait tous, un ancien d'agence (et souvent le même...) qui s'est lancé et s'en sort bien. Je comprends que l'expérience soit tentante ! Faut nous pardonner :)
Posted by: JG | August 25, 2011 at 05:54 PM
Je parie pour Groupon, pour l'allusion :-)
Posted by: zanskar | August 26, 2011 at 10:11 PM
Re non pour Groupon Anne-Christine ! Je visais une Societe française...
Posted by: MdeG iPad | August 26, 2011 at 10:16 PM
oops, désolée Michel, j'avais zappé ta précédente réponse :-)
Posted by: zanskar | August 26, 2011 at 11:14 PM
Comme un comparateur de prix
Posted by: Sylvain | August 29, 2011 at 10:44 AM
En fait y a un paquet de monde dans l'e-commerce qui faisait rêver en 2009 et qui est en pleine déconfiture aujourd'hui ! :-D
Posted by: Daniel | August 30, 2011 at 09:04 AM
ah c'est bon j'ai trouvé, au sujet de la start up en pleine déconfiture, c'est achatvip : http://www.journaldunet.com/ebusiness/commerce/achatvip-en-redressement-0911.shtml
Posted by: Linda | September 02, 2011 at 06:23 PM
Je ne suis pas sur que AchatVIP était un modèle qui faisait rêver il y a qq années...
Yes Daniel !
Posted by: MdeG iPad | September 02, 2011 at 10:37 PM
Quand l'aventure parait facile c'est que soit il y a des barrieres mal perçues, mais tot ou tard bloquantes, soit la profitabilité est faible.
Je dirais que les opportunités pour le E-commerce sont les niches non explorées et la mobilité (cycle d'achat bouleversé).
Les menaces: concentration, intégration verticale dans la filière (pourquoi un e-logisticien ne sortirait pas un site de vente low-cost pour la meme marchandise?), nouveaux modeles éco.
Posted by: boury | October 03, 2011 at 01:03 PM