Cela fait 17 ans maintenant que je suis entrepreneur, après avoir fait mes armes pendant 10 ans chez "les autres", d'abord dans le conseil (Bain & Cie) puis dans des multinationales américaines.
Etre entrepreneur, c'est pour moi la chose la plus excitante au monde : autonomie, créativité, défrichage, prise de risque calculée, réactivité, adaptation permanente voire pivot radical, etc, c'est de l'adrénaline au quotidien ! Rien n'est jamais acquis, il y a toujours à faire pour aller mieux et/ou plus loin.
Etre entrepreneur, c'est aussi avoir le monde à soi, comme terrain de jeu, et c'est aussi une superbe épreuve de vérité, car en cas d'échec vous n'avez qu'à vous en prendre qu'à vous. Réussir en tant qu'entrepreneur, c'est forcément avoir fait preuve d'honnêteté intellectuelle, car la réussite passe nécessairement par la reconnaissance objective des faits et donc par l'adaptation.
Sur le plan macro économique, il me semble aussi évident qu'une bonne partie de la croissance passera par l'énergie et les efforts des entrepreneurs. Car ce sont bien eux qui sont à l'origine d'une très grande partie des innovations : nouveaux produits, nouveaux services, nouvelles façons de vendre/canaux de distribution, nouvelles méthodes/organisations de production, etc, ils répondent ainsi de façon plus efficace aux besoins des consommateurs et des entreprises en inventant et en repensant quelque chose.
Et c'est bien cette efficacité qui est créateur de richesse globale et induit la croissance.
Et je suis aussi bien persuadé qu'un pays qui sait célèbrer ses entrepreneurs, c'est aussi un pays qui reconnait leur apport économique et qui va de l'avant.
Mais voila, pour avoir de bons entrepreneurs qui réussissent et créent de la valeur, il faut aussi un contexte favorable, à tous les niveaux, et notamment sur 3 grands chapitres :
- Culture : Il faut favoriser les vocations, briser les freins, donner envie de se lancer, briser le tabou de l'échec, faire aimer le risque calculé, faire aimer le sacrifice aussi, etc. Très vaste programme qu'il faudrait travailler dès la maternelle en fait, et renforcer certains principes tout au long de la scolarité... Je ne sais pas si le sondage qui disait que les 3/4 des jeunes rêvaient d'être fonctionnaire est toujours valable !?
- Finances : Il faut d'une part favoriser le financement des start-up, notamment par la fiscalité, mais aussi les aider et soulager leurs charges dans leurs 1eres années où elles sont le plus vulnérables.
- Formation : devenir un entrepreneur successful est difficile, il faut un mindset bien particulier, il faut savoir se poser les bonnes questions et prendre les bonnes décisions au bon moment, avec honnêteté intellectuelle, humilité, niak et pragmatisme, savoir être tenace quand il le faut, mais réaliste et pragmatique aussi, et il faut donc favoriser les structures d'accompagnement totalement dédiées aux entrepreneurs (ie L'Accélérateur).
Chaque point pourrait se décliner en toute une série d'actions concrètes...
Toujours est-il que, dans le marasme et le chahut ambiant auxquels on assiste en ce moment en France, ma position est la suivante, en 3 points :
- Je n'ai pas envie de quitter la France, même si je dois payer plus d'impôts. La France m'a donné éducation et santé, quelque part je lui suis redevable. Et en quittant la France, je perdrais beaucoup de crédibilité pour aider les entrepreneurs français et me battre pour eux.
- Car, c'est le 2ième point, j'aime trop l'entreprenariat et les bons entrepreneurs pour ne pas contribuer au maximum à les aider. En les inspirant, en les finançant, en les coachant qu quotidien, en leur faisant acquérir les bons réflexes, la bonne philosophie, la discipline adéquate. L'Accélérateur est une superbe structure pour cela, véritable assurance succès voire assurance-vie pour les entrepreneurs. Et cotoyer de bons entrepreneurs, c'est une incroyable bouffée d'oxygène et de plaisir au quotidien !
- Mais en même temps, ce que je vois actuellement ne me plaît pas toujours. Et il ne s'agit pas seulement des décisions gouvernementales, loin s'en faut. Quand je vois de jeunes entrepreneurs fraichement émoulus de l'école, qui estiment que leur start-up qui a à peine 3 mois vaut déja 1M€, quand j'en vois qui n'ont pas l'humilité de savoir écouter (tout, à commencer par les clients), qui ont une vision très personnelle de l'éthique, qui ne sont pas vraiment combatifs et qui en cas d'échec iront naturellement d'abord accabler l'extérieur (c'est toujours la faute des autres !), je me dis qu'ils sont aussi les 1ers responsables de leurs problèmes. Il faut donc bien se battre sur tous les plans, vaste programme ici aussi...
Voila, donc, je reste ici, et vais me battre pour favoriser à tous les niveaux l'essor de bons entrepreneurs éthiques et successful qui créeront croissance et richesse...pour tous en France !
Concrètement, au delà de l'Accélérateur, qui est quelque part le bras armée de la formation pratique de bons entrepreneurs à succès (base line : "Nurturing Successful Entrepreneurs"), je réfléchis aujourd'hui avec quelques amis entrepreneurs à fonder quelque chose dans l'optique de favoriser l'essor et la réussite d'entrepreneurs.
Et, comme vous l'avez compris, cela va très largement au delà d'un simple lobbying pour par exemple, alléger la fiscalité des investisseurs. C'est bien toute une culture, un système et des incentives à travailler...
Je vous retranscris d'ailleurs aussi ci-dessous, mot pour mot, le commentaire d'un VC avec qui je discutais récemment :
"On est quand meme dans un monde qui a changé depuis 2 ans... Les valos qui ont explosé sur les bons projets...et fondateurs moins combattifs qu'avant je trouve :( "
"Je cherche des gens qui veulent monter de vraies boites et qui
ne cherchent pas des investisseurs uniquement parce que leurs indemnités
chomages s'arretent dans 3 mois :-(
Je cherche des gens
qui pensent chiffres et revenus en permanence.... pas des gens qui me
parlent de leur 2eme et 3eme levée de fonds avant meme d'avoir lancé
leur produit.... Je cherche des gens qui ne veulent pas 1.5M de valo alors qu'ils font 0 revenus et parce qu'ils sortent du Camping ;-)
Michel, je souffre à les trouver!!"
A lire et relire : le coup de gueule de Patrick Robin ICI
On va se battre !
Posted by: XXX | September 10, 2012 at 10:10 PM
Je ne suis pas de votre continent mais j'ai eu une pensée pour vos Millionaires qui seront taxé à 75%.
Posted by: Patrice | September 11, 2012 at 01:02 AM
Michel,
Quelle superbe initiative se serait de la part de FH de vous nommer Ministre ou secrétaire d'Etat du "Redressement Entrepreneurial", tout en supprimant le portefeuille Bolchévique du "Redressement Productif" dans les mains d'un incompétent notoire dont on doute fortement de la connaissance du Monde de l'Entreprise qui sonne chez lui comme un gros mot...
Quelque soit le clivage politique mettons les compétences personnelles au service du collectif
Aller un point positif encore 4 ans et nous parlerons tous Grec ou Espagnol avec du bol les 2
Posted by: Stéphane | September 11, 2012 at 04:58 AM
Eric Ries définit la start up comme " a human institution designed to deliver a new product or service under conditions of extreme uncertainty."
La culture de la France est en phase avec la première partie de la phrase, pas la seconde...
Posted by: Michel Nizon | September 11, 2012 at 08:53 AM
Et la porte parole du gouvernement nous a expliqué hier soir à la TV sur Mot croisés que la réussite des entrepreneurs était due à la chance et aux service publics... Ca donne envie sincèrement...
Même en 1981 c'était moins virulent qu'aujourd'hui.
Cette défiance permanente vis à vis de l'entrepreuneriat, de l'entreprise et de la réussite (éventuelle) est vraiment pénible.
Ensuite, je suis d'accord avec vous, reste à courber l'échine un peu, faire abstraction de ce contexte et continuer à travailler.
Posted by: Eric | September 11, 2012 at 09:04 AM
Salut Michel,
j'aime bien ta phrase "tout, à consommer par les clients".
Moi aussi, j'adore consommer du client, surtout au petit dej !
:-)
Posted by: Thierry | September 11, 2012 at 09:07 AM
Pour info, dans la page "idées" des Echos du lundi 10/09, on peut y lire une belle initiative de la part d'Aude de Thuin: osonslafrance
Michel, les propos de ton ami VC me rassurent! Et pourtant, à lire tous les commentaires des blogs ces temps-ci, j'ai l'impression que "réussir une entreprise" est synonyme de "lever des fonds". Le business model de l'Accélérateur n'incite-t-il pas les jeunes entrepreneurs à le croire?
Posted by: Jérôme | September 11, 2012 at 09:15 AM
Bravo pour ce post, en accord avec le contenu à 100%
Posted by: Christophe | September 11, 2012 at 10:13 AM
@Stéphane, merci
@Thierry, ouh la, thks, corrigé ;-)
@Eric, oui, même si le contexte n'est pas simple, on continue. Etre entrepreneur c'est se battre. Point.
@Jérome : non, pas du tout, nous ne poussons pas à lever et bien au contraire. Sur lère promo, sur les 8 équipes, il y en a que 4 qui lèvent, et encore de façon très raisonnable en terme de montants. Notre business model est simple, il consiste à créer le plus possible de valeur actionnariale, et cela ne passe absolument pas de façon systématique par une levée de fonds.
Posted by: Michel de Guilhermier | September 11, 2012 at 10:21 AM
Merci Michel pour ton enthousiasme toujours aussi contagieux.
Rassure toi, tous les jeunes ne veulent pas être fonctionnaires ou, à contrario, lever des millions pour la gloire ...
Nous on se lance sans aide, sans argent, sans mentor (ordi, cerveaux et carte de visites ça suffit) mais simplement en prenant exemple sur nos ainés qui ont toujours la niak et qui nous poussent à nous lever le matin pour aller changer le monde :-)
Posted by: Aurélien | September 11, 2012 at 11:26 AM
Tu me rassures, thks !
A vite !
Posted by: Michel de Guilhermier | September 11, 2012 at 11:49 AM
Ah oui? Quelle génération nous parle?
La génération qui a eu toutes les libertés. Celles de pouvoir construire où elle l'entendait, celle qui a grandi avec des fruits et légumes sains sans avoir à les labelliser BIO. Peut-être celle aussi qui avait le plein emploi et pouvait stationner en ville sans que cela lui coûte 25% du SMIC/Heure.
A moins que cela soit celle qui lègue un système social surendetté, un ascenseur républicain arrêté au niveau RDC, une économie à 0% de croissance pour la décennie voir bien plus, une terre contaminée, des pluies acides, des crédits au profit des pays totalitaires (e.i. actuel, la ville de Tours pave tout son Tramway à crédit contribuable avec des pavés importées de Chine...)les capacités d'investissement des entreprises sont cassées par le poids des taxes etc.
Courber l'échine et attendant que ça passe? Se poser les bonnes questions pour malgré tout continuer son petit bonhomme de chemin?
Non les conditions du contrat sont inacceptables. L'histoire est marquée d'exils en périodes hostiles. Ce n'est pas renier son pays que d'en sortir pour un temps mais lui envoyer un signal fort, parmi d'autres certes, et lui dire que tout n'est pas permis.
De nombreux jeunes entrepreneurs changent de territoires, ont-ils tous tort? Pourquoi le font-ils? Tous des égoïstes ou bien de jeunes français qui ont soif de liberté?
La valeur ajoutée s'expatrie et rien n'est fait pour la retenir. Des milliers de chercheurs, universitaires, étudiants, artisans, artistes, entrepreneurs, cadre-sup et patrimoines sortent de la maison France car ils étouffent. Aucun d'eux n'aimerait-il la France? Aucun d'eux ne souhaiterait-il vivre dans son village natal? Aucun d'eux n'aurait donc préféré réalisé son projet en France alors que c'est un autre pays qui lui en a donner la possibilité?
Allons-donc, ce serait aller un peu vite en besogne.
Posted by: Will | September 11, 2012 at 12:32 PM
Cher Will, chacun voit midi à sa porte, je ne porte aucun jugement sur ceux qui partent, moi je dis et explique pourquoi je veux rester...
On ne parle pas de courber l'échine mais de se battre, ici, en France.
Et l'herbe est en effet toujours plus verte ailleurs...
Posted by: Michel de Guilhermier | September 11, 2012 at 12:38 PM
Bien intéressant comme post et je suis d'accord sur quasiment tous les points...
Après, peut-on en vouloir à un entrepreneur qui s'échine sur son projet depuis 1 an et demi et qui va chercher des fonds car il va bientôt être au RSA ??? La raison de vouloir lever de l'argent pour juste se payer un salaire n'est pas suffisante je te l'accorde bien volontiers mais qu'elle soit un moteur en plus ne me parait pas hallucinante !
Peut-être faudrait-il aussi améliorer le temps de réaction des BA/investisseurs afin d'éviter qu'une levée de fonds se planifie près d'un an à l'avance ?
M'enfin, on papote, on papote et on a quand même des projets à réussir ;)
Posted by: Olivier Thirion de Briel | September 11, 2012 at 01:04 PM
Dans un scénario à l'Argentine, effroyablement probable (décorrélation brutale Franc-Pesetas-etc. vs Mark, après échéances obligataires de 2017), entreprendre ne serait plus un choix, mais une question de survie...
Posted by: Alexandre M. | September 11, 2012 at 07:33 PM