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June 29, 2008

En Période de crise : Investissez !

L'environnement économique actuel est pour le moins "challenging" ! Moral en berne, pouvoir d'achat en baisse, flambée des prix du pétrole, etc.

Les bourses dévissent : Wall Street est en baisse de 20% globalement vs l'automne dernier et certaines actions ont perdu plus de 50%.

Nombreux sont les retailers qui trinquent, avec parfois des "comps" en baisse de 10% pour les plus mal positionnés. Les bons flirtent avec le 0% ou restent encore légèrement positifs.

Pourtant, c'est dans ce genre de contexte qu'il faut investir !

La vie économique - est ainsi faite, il y a des cycles, hauts et bas, mais elle continue, et le seul moyen de continuer sa croissance sur le long terme c'est d'investir régulièrement. De surcroît, tout le monde n'ayant pas la capacité d'investissement lors des cycles bas, ceux qui peuvent le faire creuseront ainsi mécaniquement l'écart avec leurs concurrents. C'est aussi simple que cela !

Pour illustration, je lisais récemment le rapport sur les résultats trimestriels de la grande chaîne américaine d'équipement de la maison, Bed Bath & Beyond, gérant un peu moins de 1000 magasins en Amérique du Nord pour un CA de l'ordre de 7Mds$, qui déclarait ainsi :

"As we said before, despite the challenges we will take advantage of the opportunity to further expand our market share by capitalizing on the unique strengths of our decentralized culture by investing in our infrastructure to achieve our long term goals and most importantly by providing a superior shopping experience for our customers".

Ou encore :

"We remain focused on our company’s long-term goals and fully expect over time to benefit from the opportunities provided by the current environment to widen the gap between us and our competitors".

En définitive, l'attitude pleine de bon sens à avoir est de semer intelligemment durant les périodes difficiles et de moissonner lors des cycles hauts et des périodes d'euphorie !

Bien évidemment, cela est extrêmement judicieux en matière de Bourse, il faut investir de façon importante quand de belles sociétés sont à des prix avantageux, comme actuellement, et éventuellement les revendre plus tard lors des cycles hauts où elles pourront être sur-valorisées.

Avoir foi dans l'avenir et investir lors de cycles bas est également vrai en matière d'investissement en capital risque. Ceux qui l'ont fait en 2001 et 2002 peuvent ainsi se réjouir ! Je suis toujours sidéré d'entendre d'un investisseur que, en raison du contexte économique, il préfère attendre ! Bien voyons, attendez que les prix montent, attendez que les autres investissent, jouez alors au mouton, et on reparlera de votre TRI plus tard !

En réalité, les bons TRI s'obtiennent lorsqu'on investit dans de beaux actifs, moins valorisés en raison de périodes plus difficiles ! C'est le bon sens et une évidence, mais peu d'investisseurs appliquent ce principe.

Les périodes de crise sont en définitive des aubaines pour les audacieux pragmatiques, ceux qui combinent optimisme, réalisme et opportunisme !

Bed Bath & Beyond Q1 '08 Earnings Call Transcript

June 01, 2008

Stock Market Investing !

Some food for thought on this sunday morning...

Many people are trying to outsmart the stock markets, trying to guess how it should move in the future and trying to time it.

This will fail most of the time, leading to poor returns, as it is virtually impossible to predict how markets would move. Don't try to outsmart and time the stock market !

The only thing which is certain for me is that acquiring for a bargain price a company with a strong and sustainable competitive advantage will mechanically lead to higher returns overtime - if you have the patience to hold - no matter when you invest.

Buying cheap means buying companies with lower PEs, PEGs, EV/EBITDAs, etc, all the more than they yield higher returns on capital.

Bottom line : do your due diligence on companies, forget all the rest !

The major difficulty in stock market investing is to remain rationale and cold-blooded all the time (as Buffett would put it, the secret is in managing one's emotions, I fully agree). If in the short run the stock market may behave eratically and irrationnaly, in the long run it will always act as a "weighing machine" and behave rationnaly. So patience is also a pre-requisite to succeed (you may also call it guts).

May 23, 2008

De la Performance des Gestionnaires de Fonds !

Un ami me disait récemment à propos des gestionnaires de fonds : "quand on voit a qui a confie nos sous, on a plus envie de leur laisser...".

Le problème n'étant d'ailleurs pas seulement au niveau de la qualité intrinsèque de ces gestionnaires, sur laquelle on pourrait débattre, mais aussi des contraintes avec lesquelles ils doivent opérer, notamment :

- Répartition sur un très grand nombre de valeurs
- Limitation de la part de chaque valeur
- Contrainte sur la volatilité

Ce dernier point étant par ailleurs particulièrement intéressant. Beaucoup font le postulat que la volatilité est une bonne mesure du risque. Pour ma part, je ne l'ai jamais senti de la sorte et Warren Buffett non plus !

Toujours est-il qu'il est vraisemblable que 95% des gérants de fonds font moins bien que le marché : est-ce si étonnant que cela sachant qu'ils allouent leur capital en partant sur des postulats douteux et saupoudrent sur un très grand nombre de sociétés dont ils ne peuvent forcément pas connaître les modèles inside out.

Je vais sans doute être dur, mais ça ce n'est pas de l'investissement, ça me fait plus penser à de la roulette. Et en plus, on vous prend 2%/an en frais de gestion !

Inutile de leur parler de Kelly évidemment !

Un jour, sans doute, je monterais un fond d'investissement, une sorte de Limited Partnership "à la Warren", avec des règles un peu plus sympathiques pour mes co-investisseurs : un salaire fixe minime (Warren ne prend que 100K$ depuis 30 ans alors que Berkshire pèse 200Mds$) et aucune commission de gestion si je ne performe pas ! Ca me semble quand même plus honnête intellectuellement !

May 22, 2008

The Secret of Warren Buffet : Manage your Emotions !

Buffett has said that his great success comes not because he has a talent for interpreting financial statements or identifying competitive advantages, nor because he can meet with management teams.

Rather, he claims the key to turning $10,000 into $50 billion, as he has done in
his investment career, has been managing his emotions !!

I have many times insisted on this blog that stock market investing has little to do with analytical skills but lots to do with guts !

Business Angel : au Nominal !

Fin janvier dernier, j'expliquais la difficile position des business angels, coincés entre l'entrepreneur et les VCs et j'annoncais que, sauf exception rarissime, il y avait peu de chance que j'investisse de nouveau.

Depuis, j'ai reçu 6 ou 7 autres dossiers, et à chaque fois l'analyse est la même : le dossier est intéressant, les entrepreneurs sont bien - souvent jeunes cependant, ce qui veut dire objectivement plus de risques - mais la valorisation proposée ne fait aucun sens rationnel.

A noter que, pour un VC, la valorisation n'est pas forcément un gros problème en soi : je répète une loi imparable, dans une entreprise qui a des besoins de trésorerie : celui qui est le roi est celui qui a le cash.

A titre d'exemple, faut-il rappeler cette société de e-commerce qui a réussit à lever en août 2006 4M€, sur une valorisation extra-terrestrielle de 16M€ pre-money (ce qui ne concédait donc que 20% du capital) et qui, à peine 6 mois plus tard, était refinancée sur des niveaux extrêmement bas par les VCs, qui en prenaient alors de facto le contrôle complet.

Si la situation est difficile, mais qu'il y a du potentiel, les VCs remettront, à leurs conditions, ce qui pourra compenser largement les niveaux d'entrée des tours précédents. Le business angel qui n'a pas cette capacité se fera lui diluer et lessiver, de même que l'entrepreneur (mais qui lui aura généralement moins mis, ou au nominal).

Ce pourquoi il m'apparaît aujourd'hui tout simplement absolument essentiel pour un business angel d'investir à des niveaux rationnels, en rapport avec les actifs (tangibles ou intangibles), la situation économique (CA, marges brutes, marges nettes), ou bien sûr au nominal pour des projets à l'état de powerpoint).

Un exemple très concret, toujours sans donner de nom :

Je reçois il y a quelques jours un business plan d'une jeune société de e-commerce dont le dirigeant lui-même admet que dans quelques années, si tout va bien, il pourrait atteindre 10M€ de CA.

En prenant cet objectif, j'en déduis que la valorisation potentielle à terme de la société, à maturité, ne dépassera pas 10M€ : je prends en effet comme règle qu'une société de e-commerce avec des marges brutes de 25% (le cas présent) ne peut valoir plus de 1x son CA (ce qui est dèja bien).

Si la valo maximale à terme est de 10M€, compte tenu du niveau de risques du projet (very early stage, jeunesse des dirigeants, etc), et compte tenu qu'il faudra de nouveaux investissements, qui induiront une dilution supplémentaire de 20 ou 30%, tout ce qui est supérieur à 1.5M€ comme valo d'entrée pre-money ne fait aucun sens pour moi en tant que business angel.

Encore une fois, la situation est différente pour le VC : il pourrait par exemple mettre 500K€ et ne prendre que 10% du capital (donc venir sur une valo de 4.5M€ pre-money), si après la situation est difficile, il pourra remettre encore 500K€ et prendre 60% du capital, si bien qu'il pourra finir par faire une bonne affaire si la société est bien vendue à terme pour 10M€.

Des cas comme celui-ci, j'en connais plusieurs : la société devra être refinancée, les VCs finiront sans doute par gagner de l'argent, l'entrepreneur qui se fera diluer devrait en gagner aussi et comme il n'a pas mis grand chose de sa poche il s'en sortira financièrement bien, mais celui qui ne va pas gagner grand chose voire perdre, ce sera le business angel qui n'aura pas pu remettre au pot !

Une règle de Barenton confiseur : ne jamais faire affaire avec ceux qui pourrait perdre moins que vous si les choses tournaient mal !

May 17, 2008

De l'Exploitation des Errances Boursières !

Allez, en ce samedi matin, un conseil méthodologique pour réussir en Bourse avec le maximum de chances !

Trouvez une belle société avec 2 caractéristiques essentielles et indispensables : d'une part une forte croissance (revenus et résultats nets), d'autre part une excellente visibilité sur les résultats futurs. 

Contre exemple : shutterfly, dont les estimations pour 2008 varient entre -20% et +30% vs 2007 (j'en ai parlé ICI). A ce niveau, c'est de la roulette russe, ce n'est pas de l'investissement, le modèle est bien trop incertain à ce stade.

Attention, grosse mise en garde : il va de soi que vous ne pouvez investir que dans un domaine que vous comprenez intimement et parfaitement. Un modèle à la mécanique qui n'a pour vous aucun secret et dont vous comprenez tous les paramètres et chaque ligne du bilan et du compte de résultats, que vous entrevoyez parfaitement les risques de marché comme d'exécution. C'est ainsi que pour vous la société est "lisible" avec une forte visibilité.

La forte croissance "mécanique" des résultats fait que le cours de Bourse de la société doit tout aussi mécaniquement monter sur la durée. Mais "Mr Market" n'est pas toujours rationnel, c'est une maîtresse un peu "fofolle" qui s'emballe et déprime régulièrement, qui sur-réagit presque systématiquement, et donc qui sur valorise ou sous valorise régulièrement.

Bien évidemment, plus la croissance est potentiellement forte, plus la volatilité et l'amplitude des fluctuations sera forte, et c'est tant mieux pour celui qui sait en tirer parti.

A partir de là, il vous faut 3 choses :

- D'une part du recul et des nerfs d'acier. on le dira jamais assez, "investing is more a matter of guts than intelligence".
- D'autre part vous fixer des prix d'achat et des prix de vente, et s'y tenir (c'est là où il faut des guts, en plus d'une excellente et même parfaite compréhension de la société)
- Enfin connaître la règle de Kelly d'allocation proportionnelle du capital (ici).

Et vous agissez : vous achetez progressivement (kelly), vous vendez progressivement (kelly encore), puis vous attendez sagement, patiemment, sans précipitation. Tant que l'opportunité n'est pas suffisante, vous ne revenez pas. Le bon investisseur est un guetteur, il doit savoir attendre le temps qu'il faut, des jours, des semaines, des mois s'il le faut. Savoir ne rien faire est une qualité essentielle en Bourse !

Un exemple concret, sans donner le nom, du cours de Bourse sur les 12 derniers mois d'une action côté à Wall Street :

Image_2

Durant ces 12 derniers mois, l'action (en arrondissant) :

Passe de 40 à 30 entre  début juillet et mi août 2007.   

Passe de 30 à 50 entre  mi-août et début novembre 2007.
Passe de 50 à moins de 30  entre début novembre et fin janvier 2007.
Spécifiquement, passe de  45 à  moins de 30 entre fin décembre et mi janvier 2008.

Passe de moins de 30 à  presque 40 entre mi janvier et début février 2008 
Passe de 40 à 30 entre  début février et mi mars 2008

Passe de 30 à 40 entre mi  mars et fin avril 2008 
Passe de 40 à 30 entre  fin avril et mi mai 2008

En moins d'un an, il y a donc eu 3 cycles majeurs, avec des fluctuations entre 30% (de 30 à 40$) et 50% (de 30 à 50$) environ.

Supposons cependant que vous ne pouvez atteindre que 20%, ce qui est réaliste car vous ne pourrez jamais acheter au plus bas ni revendre au plus haut d'un cycle.

Imaginons que vous allouez 30% de votre capital sur cette action (vous pouvez aussi être plus téméraire et en allouer 50% voire plus, et plus vous avez une parfaite connaissance de la société, plus vous pouvez en prendre le risque.

Si vous exploitez ainsi 4 cycles annuels où à chaque fois vous gagnez 20% sur 30% de votre portefeuille, cela fait déja près de 25% (pre tax) de gain annuel pour l'ensemble de votre portefeuille. A noter que si vous n'avez alloué que 30% de votre portefeuille, il y a 70% de libre, en cash par exemple, ce qui donne un haut degré de confort !

Vous pouvez aussi allouer 50% de votre portefeuille, ce qui vous fait prendre plus de risque, mais compenser en vendant plus rapidement et en ne prenant que 15% sur les 30 à 50% de fluctuations. A chaque cycle, la performance globale sera de 7.5%. Vous le faites 4 fois, vous obtiendrez 30%.

Le principe fondamental sous jacent, que Monish Pabrai explique très bien dans son livre "the Dhandho Investor" est : Few Bets, Unfrequent Bets, Big Bets.

En clair, on ne fait que quelques gros investissements, à espace distants, non régulier, uniquement quand une opportunité majeure apparaît.

Bien évidemment, on n'allouera jamais 30% de son portefeuille dans une société si l'opportunité ne peut pas être qualifiée avec une certitude très importante de majeure. Ce qui suppose, encore une fois, d'avoir une connaissance parfaite.

Plus la société est jeune, plus les cycles seront courts et d'amplitude. Une société bien établie comme Coca par exemple a par contre des cycles extrêmement long. Je recommande donc des prendre des sociétés assez jeunes, mais d'au moins 500M$ de market cap, ce afin d'avoir un modèle un miminum prouvé.

Cette technique a aussi un grand mérite : vous ne passez pas beaucoup de temps la dessus. Vous achetez aux niveaux fixés, vous attendez, vous vendez aux niveaux fixés, vous attendez sereinement, confiant dans le résultat final !

May 15, 2008

Icahn Vows to Oust Yahoo Directors !

A few days ago, my take was that Jerry Yang and Yahoo had made a mistake not accepting the $47bn offer from Microsoft. But walking out suddenly from the Yahoo deal obviously was the best tactical move for Microsoft to ultimately reach its goal !

10 days after Microsoft dropped out, famous investor Carl Icahn is now vowing to oust Yahoo Inc.'s board of directors for "irresponsible" and "unconscionable" actions (his words) that led Microsoft Corp. to withdraw a $47.5 billion offer to buy the Internet pionneer.

Icahn has so far invested more than $1.3 billion to acquire 59 million Yahoo shares, ie a roughly 4 percent stake in the Sunnyvale-based company, and he's likely to double that investment, which gives him some leverage.

I'm convinced Yahoo's fate should change during summer. Not only its market position is by no mean sustainable as it is, but many shareholders, led by Icahn, feel that enough is enough and that the Yahoo Board has not worked in their best interest. There are lousy CEOs but there are also lousy Boards.

For his 4 and a half year tenure as Yahoo's CEO, Terry Semel received a total compensation of $258M, not including the same amount in non-exercised options, while creating no value.

Investment-wise, I feel it's a smart move by Carl Icahn : if successful, he could earn a few hundred millions bucks in a short time frame.

May 13, 2008

E-commerce, Avantage Concurrentiel, Rentabilité !

Je recevais il y a quelques jours le Business Plan d'un jeune e-commerçant qui réalise déja plus de 100K€ de CA mensuel après seulement quelques mois d'activité !

Débuts donc impressionnants, avec de plus un coût d'acquisition client est parfaitement maîtrisé - inférieur à la marge brute dégagée par la 1ère commande - et un "repeat" qui semble déja bon. Contrairement à l'e-commerçant que j'évoquais dans mes articles sur le repeat business, la mécanique commerciale est ici positive : on gagne des sous dés la 1ère commande, et les clients reviennent régulièrement. Bottom Line positif : la proposition commerciale est forcément pertinente !

Pourtant, si je me place maintenant en tant qu'investisseur, le fait d'avoir une proposition commerciale pertinente est un pré-requis nécessaire, mais elle n'est pas suffisante. Ce qui m'intéresse, c'est de miser sur un actif qui va fortement s'apprécier avec le temps, et donc m'apporter un retour sur investissement confortable.

Inutile d'évoquer ici les valorisations d'entrée, que je trouve souvent ahurissantes pour des modèles qui sont encore loin d'être affinés ni prouvés. Le point est ici d'apprécier la valeur potentielle à terme de cet actif.

Pour disposer à terme d'un actif de qualité, l'essentiel réside pour moi dans le fait de posséder un avantage concurrentiel pérenne. C'est de cet avantage que découlera une bonne partie de la rentabilité et assurera la solidité de la société. Et ainsi la valeur de la société.

Entre un Auchan et un Carrefour, il n'y a pas de différences majeures, on retrouve à 90% les mêmes produits , avec des delta prix marginaux globalement. Même si ces distributeurs aimeraient dire que leur marques propres créent une différenciation, dans les faits, elle est minime : le vrai avantage concurrentiel de ces chaînes repose beaucoup sur leurs emplacements.

Pour un distributeur e-commerce, qui n'a pas contrairement à un retailer physique le bénéfice de l'emplacement, je ne vois que 4 ou 5 axes :

- Disposer d'un volume d'achat qui permette des prix plus bas (tout en conservant sa rentabilité). Dans la réalité, il faut vraiment que les volumes soient très importants, car généralement un gros pure player restera bien plus petit qu'un distributeur physique de 1er plan. Pixmania et RueduCommerce, par exemple, sont bien plus petits que la Fnac (ou que l'anglais DSG qui a justement racheté Pixmania et lui a certainement fait bénéficier de ses conditions d'achat).

- Avoir une structure de coûts très légère qui permette là aussi d'avoir des prix plus bas (idem pour la rentabilité).

- Disposer de certains produits en exclusivité. Cela est surtout possible pour des producteurs-distributeurs intégrés, ie Ladurée (même si l'e-commerce est confié à Inspirational Stores).

- Avoir un service réellement hors pair, différenciant, perçu comme tel par la clientèle et assez difficilement répliquable par la concurrence. Le service Amazon, à de nombreux égards, rentre pour moi dans cette catégorie.

- A cela, on pourrait rajouter éventuellement le fait de possèder une marque de distributeur connue qui attire et rassure le consommateur. Pour un produit donné, à prix et service comparable, certains préfèreront s'approvisionner ainsi chez Fnac.com ou un Amazon.com - devenue elle aussi une marque connue qui rassure - qu'un e-commerçant lambda.

Pour le reste vous pouvez bien être dans un segment donné le 1er, avoir 2 ou 3 longueurs d'avance sur la concurrence, jouir déja de plusieurs millions d'Euro de CA, si vous ne disposez pas d'un ou plusieurs de ces avantages, ou si vous ne les acquérez pas rapidement, vous ne survivrez pas sur la durée.

En tant qu'investisseur, je garde donc un oeil assez dubitatif sur nombre de pure players e-commerce qui se lancent et qui, initialement, connaissent d'excellents succès commerciaux. Tant qu'ils ne m'ont pas montré où et comment ils comptent acquérir un vrai avantage concurrentiel pérenne, l'investissement a très peu de chance d'être attractif.

Ce que j'aime, ce sont les distributeurs qui au fil du temps se créent et renforcent leur(s) avantage(s) concurrentiel(s), d'une façon ou d'une autre.

Bien entendu, le jeu peut aussi être d'acquérir rapidement une part de marché et de la revendre à un acteur qui aura les conditions pour l'exploiter efficacement. On vend ainsi non pas un bon business rentable et pérenne comme je les aime, mais d'une part de la valeur temps, d'autre part un potentiel et enfin une position stratégique.

Ca peut marcher (ça a d'ailleurs marché pour certains), mais la fenêtre de rachat est généralement courte. Et ça ne marche qu'à partir d'une taille vraiment significative et à condition d'être vraiment bien plus important que vos concurrents, ce afin de devenir une cible incontournable.

Prenons, par exemple, un secteur qui "pèse" au niveau du retail une dizaines de milliards d'Euro de CA : à moins de réaliser plusieurs dizaines de millions d'Euro de CA en e-commerce, vous n'avez je pense aucune valeur stratégique.

Il ne faut pas se leurer, à terme, dans un  marché e-commerce mature, les valorisations des e-commerçants se rapprocheront de celle des retailers classiques, on oscillera en général entre 0,3 et 2x le CA dans le meilleur des cas - ce dernier chiffre pour de la distribution spécialisée bénéficiant d'une rentabilité forte - avec une mediane autour de 0,7/0,8 sans doute.

Amazon vaut actuellement un peu moins de 2x son CA, non pas parce qu'elle est très rentable, mais parce qu'elle est encore en phase de croissance importante (disons 25% par an) et non pas de maturité. Mais si on prend Walmart, 1er distributeur mondial, il ne vaut pas plus de 0,6x le CA actuellement. Whole Foods, dont j'ai déja parlé plusieurs fois ici, vaut a peu près dans les mêmes eaux.

May 08, 2008

Investing : Perspectives Shutterfly vs VistaPrint !

Shutterfly a annoncé ses résultats trimestriels la semaine dernière et précisé ses attentes pour l'année en cours.

Non seulement Shutterfly a déçu sur le 1er trimestre, avec une perte - normale cependant en cette saison - supérieure aux attentes et, surtout, leurs prévisions pour l'année en cours font le grand écart : ils attendent un profit par action entre 30 et 50c, soit entre une baisse de 20% et une croissance de 30% vs 2007 !

Avec de tels résultats médiocres et une telle incertitude sur le futur, il ne faut pas s'attendre à ce que Wall Street bondisse de joie. L'action a été fortement sanctionnée et se traîne maintenant à ses plus bas historiques (d'accord, l'histoire est courte, ils sont rentrés en Bourse en septembre 2006).

Aux niveaux actuels cependant (moins de 13$ l'action), si Shutterfly présente une incertitude importante, le risque est relativement limité. Low risk/high uncertainty, cela donne généralement un contexte favorable à l'investisseur avisé, courageux et...patient.

La situation de Shutterfly contraste singulièrement avec celle de VistaPrint - un business connexe - qui, malgré le ralentissement économique, continue à croître très fortement, accélère son acquisition de clients, et voit sa base revenir de plus en plus souven (le repeat s'est en effet encore accru au dernier trimestre) et en conséquence peut annoncer des résultats bien plus certains !

En clair, le modèle VistaPrint est un sacrée mécanique de croissance, mais on ne la paye pas non plus le même prix : valeur d'entreprise de 25x l'EBITDA contre 11x l'EBITDA seulement pour Shutterfly.

Même si Shutterfly n'est pas forcément un mauvais pari, pour ma part, je préfère acheter une "great company at a fair value", ie VistaPrint, plutôt que "an average company at a bargain price", ie Shutterfly. Question de philosophie...

April 24, 2008

Earnings Season : Apple, iPhone et MacBook Air !

Apple reportait hier ses résultats pour le 1er trimestre calendaire (2ième exercice fiscal de l'exercice 2007-2008), et ils sont excellents !

Les ventes se sont accrues de 43% vs le même trimestre de l'année dernière et les profits de 36%, surpassant les estimations de Wall Street. Dans ce contexte global de morosité, Apple prouve que son modèle n'est pas trop affecté.

Cette fois-ci cependant, ce n'est pas l'iPod qui drive le business, il est en très faible croissance vs l'année dernière, mais bel et bien les Mac, avec une croissance de plus de 50% en volume ! Le MacBook Air est un grand succès aux US particulièrement (pas de chiffres spécifiques fournis malheureusement).

L'iPhone se porte bien avec 1.7M d'unités vendues, Apple ayant déclaré que le déclin des ventes sur le 4ième trimestre calendaire, très fort avec Noël, fut moins fort que ce qu'ils avaient anticipé. Et pour faire taire les sceptiques, Apple confirme une nouvelle fois ses prévisions de 10M d'iPhones vendus cette année.

Si le retail américain souffre beaucoup de la crise actuelle, les Apple Stores américains ont enregistré 33,7M de visiteurs durant ce trimestre, soit une hausse de 57% sur l'année dernière ! Apple n'a pas fourni les "same store comp" indispensables, mais j'extrapole qu'on doit se situer sur un niveau exceptionnel entre +30 et +40% (puisqu'il y a eu, de mémoire, environ 20% de magasins en plus). En clair, la gamme Appleet et le modèle Apple Store plaisent de plus en plus !

A plus de 160$ l'action, Apple est évidemment beaucoup moins l'aubaine que je signalais il y a quelques semaines quand elle était à 120$. Je parie toujours sur un cours entre 200 et 250$ à la mi 2009. Ce qui fait de fait une croissance plus faible que ce qu'on pouvait en attendre quand elle était à 120$, mais reste toujours appréciable, entre 25 et 50%. A chacun de voir s'il est capable de faire mieux avec d'autres actions !

A propos de distribution, je ferai prochainement une analyse détaillée de la chaîne de distribution Select Confort (SCSS), qui fournit un excellent exemple sur comment apprécier la valeur et le potentiel d'un retailer. Eux aussi annonçaient leurs résultats hier, et ce n'est pas la même histoire qu'Apple : ventes en baisse, same-store comp en chute, traduisant un vrai problème d'attractivité et d'exécution.