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October 01, 2007

Du Choix du CEO en Fonction de l'Environnement !

Je reviens sur la problèmatique évoquée hier à propos de Steve Jobs et d'Apple sur le choix du CEO dans la création de valeur.

C'est une question difficile, complexe, et en aucun cas je ne prétends en venir à bout ici ! Juste donner un petit éclairage.

L'exemple d'Apple est certainement le plus marquant et le plus emblématique : l'éviction de Steve Jobs en 1985 n'a pas réellement crée de valeur, la société vivotant plus ou moins bien entre 1985 et 1996, avant de subir un fulgurant coup d'accélérateur au retour du fils prodigue en 1997.

Indubitablement, c'est la vision de cet homme, et les directions qu'il a tracées pour Apple, qui ont d'une part permis le lancement de la firme entre 1976 et 1985, puis son renouveau et son exceptionnel essor, avec une valorisation x30 en 10 ans depuis 1997.

Il est difficile d'établir des "lois" dans les affaires et dangereux d'établir des généralités. Il n'y a souvent que des cas particuliers et il faut manier les analogies avec prudence. Néanmoins, de façon très pragmatique, on peut quand même lancer les quelques évidences suivantes :

- 1) Plus une société est dans un secteur en forte mouvance, dont les contours se définissent ou se redéfinissent, avec de multiples options stratégiques disponibles, ce qui est en général le cas dans une création et dans les secteurs high tech (dont Internet), plus elle a besoin à la tête d'un visionnaire qui voit loin et clair, qui ressent nettement les choses et qui sait aiguiller la société dans les bonnes directions. 

Difficile de déterminer a priori qu'une personne est un "visionnaire", c'est le genre de chose que l'on ne peut déduire qu'après coup, lorsque l'entrepreneur a prouvé concrètement qu'il avait su manoeuvrer et faire croître sa société dans un environnement instable et/ou multiformes..

- 2) Dans une société qui opére dans un environnement plus stable, normé, dans un secteur mieux/bien balisé, la prime est mise sur l'excellent gestionnaire avant tout, ce qui est la aussi parfaitement logique. La création de valeur vient de l'exécution rigoureuse, pas d'une imagination débordante (qui peut finalement s'avérer dangereuse).

- 3) De fait, bien souvent, les cadres supérieurs de grandes organisations sont amenés avant tout à gérer (voire à restructurer, mais cela fait appel aux mêmes qualités). Il ne leur ai pas demandé d'avoir une vision, le sujet n'est pas là. Ils progressent dans les corporate ranks grâce à leur talent de gestionnaire d'abord, puis, et de plus en plus au fil de leur carrière, grâce à leur sens politique.

En milieu de carrière, vers la quarantaine, on peut supposer que le cadre sup d'une société importante qui a de belles responsabilités a essentiellement fait la preuve de ses qualités de gestionnaires ainsi que d'un certain sens politique.

A noter que le point ici n'est pas de séparer les dirigeants en 2 clans, celui des gestionnaires purs et celui des visionnaires purs. Ce serait non seulement caricatural mais également faux : ces 2 qualités (vision et exécution) existent souvent en même temps chez les êtres, mais à des degrés variés. Et il y a de très rares énergumènes qui les possèdent toutes les 2 à haute dose. Enfin, vision sans exécution ne sert pas à grand chose !

Pour réussir il faut des 2, mais il est des environnements ou le levier de création de valeur repose avant tout sur une très grande vision clairvoyante, comme il est des environnements où la création de valeur repose avant tout sur une exécution parfaite.

Image_3 Prenons un secteur bien balisé comme celui des "BRSA", boissons rafraichissantes sans alcool, que j'ai bien connu chez PepsiCo. Si Coca et PepsiCo sont 2 sociétés bien gérées, des vrais modèles d'exécution rigoureuse à l'américaine, il y a quand même eu chez PepsiCo un homme un peu plus visionnaire qui a su mettre la société sur le chemin des boissons "saines" avant l'autre : eau en bouteille, jus de fruit, etc...Résultat, avec le temps, alors que PepsiCo était 2 fois plus petit que Coca il y a 10 ans (en market cap), Pepsi et Coca sont maintenant quasiment de même taille. La vision, même sur ce secteur balisé, a quand même fait une sacré différence : la market cap de Coca a cru de 10 Mds $ en 5 ans, celle de PepsiCo de 60 Millards environ (cf chart ci-contre).

Dans un environnement encore en définition, multi-formes, avec une société moins solide, une mauvaise vision aurait sans doute anéanti la société (combien des concurrents de Photoways en 2000 ont disparu ?). Dans le cas de Coca, la seule bonne exécution leur a quand même permis de croître.

Par contre, ce qui est aussi juste que pragmatique, c'est qu'il y a des dirigeants qui ont concrètement prouvé certaines choses, et d'autres qui ont prouvé d'autres choses de façon tout aussi tangible ! Rares sont ceux qui ont prouvé qu'ils savaient tout faire. Certains, qui ont prouvé qu'ils étaient d'excellent gestionnaires, sont peut-être aussi des visionnaires, mais ils ne l'ont pas encore démontré.

Le tout, dans le choix du CEO, est de ne pas se tromper sur ce que l'on veut réellement et de mettre le curseur au bon endroit ! Il faut comprendre ce dont on a vraiment besoin d'un côté (ce qui est déja en grand débat en soi), et voir ce que les candidats potentiels ont concrètement prouvé au cours de leur carrière de l'autre.

Prendre un gestionnaire avéré dans un environnement qui demande manifestement une vraie vision originale et un sens aigü des chemins à prendre, c'est forcément prendre un risque sur la création de valeur future !

Récemment, un ami me disait à propos d'une société dont il était actionnaire, quelque chose comme : "je me retire maintenant du capital parce que le nouveau CEO n'a aucune vision, il ne me fait pas rêver, ce n'est pas lui qui va amener la société très loin. Il sait rassurer, mais c'est tout". Dans ce cas là, le nouveau CEO était bien un manager éprouvé issu d'un grand groupe.

J'imagine volontiers que l'idée de s'imposer "visionnaire" plaît au cadre dirigeant formatté d'un grand groupe, mais cela ne correspond pas forcément à la réalité.

Et l'inverse est bien entendu vrai. Dans un environnement qui demande essentiellement une exécution rigoureuse, il serait dangereux de prendre un dirigeant qui a prouvé son sens du marché et prouvé qu'il savait déployer une vision originale, mais pas ses talents de gestionnaire au quotidien.

Enfin, contrairement à de nombreuses personnes, j'ai l'intime conviction qu'un excellent gestionnaire l'est quel que soit le secteur qu'il a à gérer. Il n'y a pas vraiment de secteur spécifique et difficile, ils le sont tous, mais il faut à chaque fois s'adapter. Ce qui est aussi pour le coup une qualité de management.

Le management, c'est de la rigueur, de l'organisation, de la motivation et de la gestion des hommes, une attention sans relâche à de nombreux détails opérationnels. Ces qualités sont transversales, elles ne sont pas liées à un secteur.

August 08, 2007

Le Nouveau Boss de Chrysler. Du Choix du Dirigeant !

J'évoquais il y a 3 mois le rachat de Chrysler à Daimler par le fond de Private Equity Cerberus, un spécialiste des situations de retournement, déja présent par ailleurs dans le secteur automobile.

Pour redresser le constructeur au bord de la faillite, avec une gamme décalée vs les attentes des consommateurs américains, Cerberus vient de nommer Bob Nardelli, ex CEO de Home Depot, une très grosse chaîne de distribution américaine (90Mds$ de CA) et...totalement novice à l'automobile grand public.

Les réactions sur le fit entre l'homme et le business sont pour le moins partagées :

- D'un côté Jack Welch, ex CEO emblématique de GE dont Nardelli était l'un des 3 ou 4 top executives qui aurait pu lui succéder, disant : "I don't know if the company is fixable, but if there is anyone who can fix it, Bob can". Avis partagé et renforcé par le fondateur de Home Depot, Kenneth Langone, autre boss de Nardelli, disant de lui : "he's probably the best operating executive I've ever known".

- Mais si l'on écoute Gerald Meyer, ex Chairman d'American Motors et donc homme du sérail : "Cerberus has the right idea, but the wrong guy...Nardelli is not a car guy…he could take 18 months to get his wheels out of the sand in terms of learning what he needs to know…and Chrysler doesn't have a lot of time".

Comme James McNerney, autre GE top executive dont j'avais parlé ici, Bob Nardelli a été à l'école Jack Welch, dont les maîtres mots sont rigueur, efficacité (6 sigma), productivité, focus sur la qualité totale, dans une atmosphère de management militaire et une pression intense. Cela a largement fait ses preuves sur GE, une des plus belles sociétés au monde, mais comme je l'évoquais pour 3M avec McNerney, la méthode a ses limites quand il s'agit avant tout d'innover. Innover fortement ne fait pas forcément bon ménage avec rationaliser et couper les coûts.

Extrait de Business Week : "...further torment for shareholders who felt Nardelli's deep cost-cutting and demand for centralized operations had destroyed customer service and harmed the company's long-term prospects".

Chez Home Depot, Nardelli est crédité pour avoir sauvé la chaîne de ses déboires sud américains. Clairement, on a un executive de top niveau, sachant prendre les décisions rapides qu'il faut quand il le faut dans des contextes de crise, ce qui est aujourd'hui le cas de Chrysler et encore plus dans le cadre d'un actionnaire Private Equity à la recherche du retour le plus rapide possible, notamment en coupant ce qu'il faut couper.

Si l'homme sait donc restructurer à la hussarde, couper les coûts et réorganiser une société, il reste à voir s'il aura le "sens du produit", point essentiel. Rien ne sert d'avoir une organisation parfaitement huilée, des coûts totalement optimisés, si en bout de chaîne ne sortent pas les voitures que les consommateurs souhaitent.  A la limite, comme l'explique Nicolas Hayek dans "au delà de la saga Swatch", product & positioning first, et après on règle les problèmes d'organisation. Je mets bien sûr un bémol en cas de crise grave, ce qui est tout de même le cas chez Chrysler.

Est-ce que Nardelli a le sens du produit automobile, "that's what we'll have to find out" comme le reconnaît lui-même Jack Welch. Il y a une inconnue à ce stade, le fait de ne pas être du sérail automobile ne me semble pas un problème du tout, peut-être même au contraire pour apporter un oeil et du sang neuf, mais il lui faudra prouver que par dessus ses excellentes compétences de gestionnaire, Nardelli a bien aussi le sens du produit automobile.

Pour rester dans le secteur, on apprenait récemment qu'après avoir revendu Aston Martin en mars dernier à un consortium financier, Ford mettait maintenant officiellement en vente Land Rover et Jaguar (après l'avoir initialement réfuté). La encore, des fonds de Private Equity s'y intéresseraient.

September 06, 2006

Executive Compensation and Wage Policy. The Interesting Case of Whole Foods Market !

I guess I already mentioned it, but one of the reason I very much like Whole Foods Market as an investing target, is the sound and reasonable wage policy they have.

In a world (and not only in the US), where we often see outrageous exageration by top executives, here's the philosophy at WFMI :

- First of all, once a year, the entire compensation at everyone at Whole Foods is available for everyone to read, deciding in their own minds whether the compensation is fair and just.

- The 6 top executives of the management team all have exactly the same salary, around 450K$. Those kind of rates are very significantly below peers' levels. Here's what Walter Robb, co-fonder, has to say about that : "do we make less than executives at other companies our size ? Absolutely, but how much money is enough ?". And John Mackey to add : "I think that a lot of executives in corporate America are basically harming the cultures of their organizations by taking too great a compensation."

- No one in the company, including the executive team, makes more than 14 times the average wage rate !

-
93% of the Stock Options are distributed outside the executive team. The ownership of the company has been widely distributed !

Bottom line is that the employee turn-over is minimal and significantly below other retailers, and that no major executive leader has ever been lost to another company !

A company is a bunch of people working together towards a common objective. Such policies do strongly cement the community and fellow workers have a strong incentive to be 100% motivated about the company project.