Suite à une discussion avant hier matin avec un entrepreneur sur le financement de son projet, j'avais une "petite règle" à vous proposer en ce début de semaine :
"Plus vous avez initialement à votre disposition de capitaux, moins vous êtes intrinsèquement poussé à d'abord bétonner à fond votre modèle".
Ma conviction profonde, c'est qu'avoir peu de capitaux au départ c'est finalement du pain béni, car cela force nécessairement à se décarcasser pour trouver le modèle percutant, à savoir trouver son marché et définir l'organisation en face qui vous rendent rentable.
Je connais ainsi de nombreux e-commerçants, dont des leaders actuels dans leur catégorie, qui ont été rentable dès le départ. L'une des raisons qui explique cela, c'est qu'ils n'avaient tout simplement pas le choix, pas de business angels, pas de VCs, pas de gros capitaux, si ce n'est leur maigre apport personnel avec éventuellement un petit prêt bancaire, gagé sur leurs biens personnels !
Clairement, avec des moyens faibles au départ, on ne pourra pas entreprendre la conquête du monde. Mais, même si cela est le but ultime visé, ce qu'il faut faut faire initialement, c'est de vous définir des objectifs raisonnables et restreints, en accord avec vos maigres capitaux, mais qui prouveront tout de même que le modèle est bon, c'est à dire rentable.
Si le modèle est percutant et rentable à petite échelle, il se sera alors très probablement à grande échelle avec la, forcément, plus de capitaux. Et la conquête du monde commencera !
Tant que vous n'avez pas trouvé le bon modèle, la bonne offre commerciale, la bonne organisation, la bonne cible, don't give up ! Ce n'est pas simple, mais dites vous que c'est normal, je ne connais quasiment aucun modèle Internet qui ai été juste du 1er coup. Totalement logique, on est dans un univers qui va très vite, non stabilisé, qui change donc en permanence. Bien malin celui qui sait prédire à 3 ans : le jeu pour moi n'est d'ailleurs pas de prédire quoi que ce soit mais d'avoir une organisation qui soit suffisamment flexible pour s'adapter, en permanence.
Bon sens, lucidité, flexibilité, tenacité, créativité sont les maîtres mots pour finir par trouver son modèle : si vous n'avez pas assez de "traction" commerciale, demandez-vous ce que vous pouvez changer dans l'offre, descendez sur le terrain écouter votre marché et ses besoins, envisagez de changer de cible, etc. Si vous avez des coûts de fonctionnement trop élevés, faîtes preuve de créativité et demandez-vous comment vous pouvez les réduire sans bousculer votre offre...
Tweak, tweak & tweak again votre modèle jusqu'à ce que vous l'ayez trouvé, et tant que ce n'est pas vraiment le cas, tant que vous n'avez pas une bonne visibilité sur la rentabilité, ne levez pas beaucoup de capitaux pour vous développer ! Cela peut prendre du temps, mais c'est ainsi.
Je finirais en citant Arnaud Mulliez, Président d'Auchan France : "nous ne déployons pas un concept tant qu'il n'est pas rentable, quitte à attendre 5 ou 7 ans s'il le faut" (*) ! Voila un bon pragmatisme, la famille Mulliez se développe toujours par autofinancement, et a une sainte horreur des VCs. Lorsque j'avais fait une conférence sur l'e-commerce en mars 2007, j'avais été présenté avec humour par Thierry Mulliez, Pdt de l'AFM, comme celui "ayant pactisé avec le diable" !
(*) Citation lue dans un article très intéressant du magazine Challenges de la semaine dernière, ICI.
Bonjour,
tout ce bon sens est connu et ne fait par ailleurs pas débat dans l'industrie, plusieurs fois centenaires...Il n'y a que dans les nouvelles technologies, jeune business où l'argent a coulé tôt à flot qu'il faut se rappeler les règles basiques.
Pourtant, qu'il s'agisse d'une petite entreprise de sous-traitance industrielle ou d'une boutique e-commerce, la logique économique (endettement, rentabilité, etc...)reste la même.
Posted by: The Dudde | January 18, 2010 at 08:56 AM
Dudde, comme tu le comprends, je suis dans les NTIC et rencontre enormement d'entrepreneurs de ce secteur, qui ne pensent qu'a lever, donc il m'a semblé bon de rappeler ce bon sens...
Je ne sais pas dans quel secteur tu œuvres, ni ton âge, mais si tu étais "opérationnel" il y a 10 ans lors de la "Grande Bulle", tu dois comprendre que rappeler les basiques n'est pas si anodin et encore moins "convenu".
Détrompes toi aussi, des bulles, il n'y en a pas que dans la techno et l'Internet.
Les biotechs, les cleantechs sont 2 autres exemples.
Posted by: MdeG iPhone | January 18, 2010 at 09:05 AM
C'est toute l'histoire de www.madeindesign.com , créé en 2000, rentable dès 2003 (et avant faibles pertes, autofinancées par les associés). Mais ce n'est pas facile à gérer au quotidien ce manque de moyens au démarrage - à moins que les porteurs de projet n'aient pas de besoins financiers immédiats et puissent attendre 5 à 7 ans avant d'avoir un retour de leurs efforts... Bref, ce n'est pas donné à tout le monde.
Posted by: Francois | January 18, 2010 at 09:07 AM
Michel,
je suis dans l'industrie.
Je suis d'accord avec vous et vous avez raison de le rappeler, au moins pour ceux qui ne connaissent pas un autre monde.
Il est vrai cependant que quand on évolue dans un secteur plus "raisonnable" (sur le plan de la logique économique) on est parfois un peu surpris par les spécificités économiques des NTIC.
Posted by: The Dudde | January 18, 2010 at 09:32 AM
Très juste, logique qui ne se limite pas qu'au domaine du commerce pur.
Ainsi, la série française "Hero Corp", lancée par Simon Astier, qui n'a que peu de financements. Deux épisodes de "pigalles la nuit" financent deux saisons de Hero Corp. Pourtant, c'est le plus petit budget des deux qui s'en sort le mieux commercialement.
Quand on a peu de capital, on se concentre plus sur l'essentiel.
Posted by: Fredouat | January 18, 2010 at 09:40 AM
Bonjour,
Encore une fois d'accord sur toute la ligne même s'il y a toujours des contre-exemples.
Et carton rouge à tous ces "CEO verreux" qui après avoir levé quelques millions, consacre une bonne partie de cette somme (trop souvent malheureusement) à se verser un salaire personnel mirobolant.
Posted by: Mickael | January 18, 2010 at 09:49 AM
Dudde, il n'y a pas que les ntic, l'eolien est aussi tres sexy
Francois, tres bon exemple que made in design. En effet c'est pas toujours simple, mais c'est tant mieux !!
Posted by: MdeG iPhone | January 18, 2010 at 10:49 AM
Nous sommes nous aussi dans ce cas de figure : pas de moyen donc obligation de faire preuve de créativité et d'avancer en permanence. C'est effectivement passionnant mais très difficile.
N'y a t'il pas quand même une capitalisation minimum en dessous de laquelle même un bon modèle n'arrivera pas à décoller ?
Posted by: Frédéric - Oanisha | January 18, 2010 at 11:25 AM
@Frédéric,
Oui, bien entendu, mais impossible de le définir de façon générale. Le pbm c'est que la plupart des entrepreneurs Internet chercher plus à lever qu'à voir comment faire d'abord avec les moyens du bord.
Plutôt que de mettre de l'énergie à lever des capitaux, et ça en demande vraiment, croyez moi, la plupart du temps il vaut mieux la mettre à voir comment faire avec ce qu'on a.
Je dirais que dans 90% des cas il est toujours possible de se focaliser sur un sous ensemble qui nécessite moins de capitaux.
A un moment donné, à force de chercher et tweaker le modèle, on trouve une "clé" du marché, la le business décolle...
Posted by: Michel de Guilhermier | January 18, 2010 at 12:27 PM
C'est génial, depuis que je lis ce blog je trouve pleins d'arguments à donner à mon banquier, le "best", à été quand je vous ais cité en parlant de "Frugalité nécessaire" quand il me reprochait de n'avoir pas mis assez de capitaux dans mon projet...
Posted by: Franck | January 18, 2010 at 01:42 PM
à mon avis il faut mieux travailler à sortir une bonne marge avec un petit CA pour attirer ensuite les capitaux, plutot que de travailler à attirer les capitaux pour essayer de sortir un gros CA ! (c'est clair ?)
Posted by: Vincent | January 18, 2010 at 01:59 PM
Oui mais est-ce que l'absence de capitaux importants n'oblige pas à s'appuyer sur des ressources humaines compétentes (développement, marketing, RP, un bon DAF pour optimiser la trésorerie...)et donc des charges fixes qui doivent être financées en amont de la rentabilité ? Ce qui revient à taper dans les fonds propres avec le risque fragiliser grandement la société ? Est-ce que l'on peut raisonnablement se lancer dans l'aventure du e-commerce aujourd'hui sans visibilité ?
Posted by: Charles | January 18, 2010 at 02:09 PM
@Francois : je reviens sur la 2ieme partie de ton commentaire : a moins que...
Oui, a moins que....
Il faut vraiment se repeter ce "a moins que..." !!!
Posted by: MdeG iPhone | January 18, 2010 at 02:11 PM
@Charles, no comprendo la fin ?
On ne se lance jamais sans un MINIMUM de visibilite, mais dans le meme temps il y a toujours de nombreux parametres inconnus...
Posted by: MdeG iPhone | January 18, 2010 at 02:36 PM
Oui effectivement, sans visibilité est une expression valise...Désolé. Plutôt que visibilité j'aurais dû parler de capitaux suffisants. Comment concilier un démarrage modeste dû à une absence relative de capitaux et un objectif de rentabilité qui induit un engagement de capitaux. Ne serait-ce que pour émerger ?
Posted by: Charles | January 18, 2010 at 02:44 PM
Je ne comprends pas bien ce post après une levée de fonds de 10Meur pour InspirationalStores. Il faut l'interpréter comme une auto-critique ?
Posted by: Alain | January 18, 2010 at 08:46 PM
Et vous pouvez aussi ajouter quelques dizaines de millions pour Photoways...
Je sais donc de quoi je parle, c'est au nom de l'expérience.
Si c'était à refaire, oui, en effet, je ferais certainement un poil différemment.
Posted by: Michel de Guilhermier | January 18, 2010 at 08:55 PM
Totalment d'accord avec cet article... J'ai d'ailleurs pu le constater moi-même (même si ca n'a pas marché comme voulu/prévu.)
Posted by: Ltd | January 18, 2010 at 09:12 PM
Tout à fait d'accord avec cette analyse. J'ai vécu de l'intérieur (en tant que vendeur de pelles et pioches - en l'occurrence hébergement Internet, un groupe coté en bourse) la "grande bulle Internet de 99-2000".
J'en ai retrouvé bien des aspects lors de la "mini-bulle du web 2.0 de 2007-2008".
Et j'attends toujours de voir comment Facebook et Twitter seront pérennement rentables...
Posted by: Pierre Col - Kizz TV | January 18, 2010 at 09:22 PM
Toujours rien de changé sur le site d'IS sur les partenaires...C'est pas très réactif tout ça!!!
Posted by: Jerome | January 19, 2010 at 10:17 AM
Si, il y a des changements, on a enlevé toutes nos anciennes marques...
Mais dites moi, pourquoi cela vous interesse t-il tant que ca (jouons cartes sur table !)
Posted by: MdeG iPhone | January 19, 2010 at 10:24 AM
J'essaye de voir la cohèrence de votre business model et son intérêt.
Posted by: Jerome | January 19, 2010 at 10:37 AM
Vous me donnez votre tel que je vous appelle wt vous explique la coherence ? ;-)
Posted by: MdeG iPhone | January 19, 2010 at 10:56 AM
Je veux bien croire en la cohèrence de GSI vu leur portefeuille de marques mais j'ai l'impression qu'en France ce n'est pas la même chose.
Posted by: Jerome | January 19, 2010 at 11:04 AM
Donc j'attends un mail de votre part avec votre numero pour vous appeler et tout vous dire !! Tous les tenants et aboutissants de l'accord signés avec GSI Commerce ;-)
Posted by: MdeG iPhone | January 19, 2010 at 11:24 AM
Le seul avantage des levées ce serait l'intérêt suscité auprès des journalistes et donc que ça fait un peu de notoriété ?
Un peu comme l'entrée en bourse dont un gros marchand ecommerce me disait que ça avait quand meme bien contribué a faire connaitre la marque alors que du point de vue financier si c'était à refaire il aurait choisi une autre voie...
Posted by: Daniel | January 19, 2010 at 12:12 PM
Petite contribution sur la limite des petits capitaux initiaux.
Si l'objectif est of course la recherche d'un modèle rentable, il n'en reste pas moins qu'il faut souvent attendre le point mort... trop peu de capitaux peut donc s'avérer être dangereux. Mais je te rejoints sur le fait que la Niak provient d'une situation plus précaire....
A+
Marc
Posted by: marc benchemoul | January 19, 2010 at 12:24 PM
Hello from London,
Je ne sais si c' est de notre conversation que tu parles, mais de fait, j' ai investi 'the whole of 500 EUR' pour commencer et là on vise le million d' ici 12-18 mois.
Je suis d' avis que 'less is more' tout simplement parce que less makes you think outside the box. Il faut donc faire preuve d' une énorme créativité, mais aussi d' une grande précision dans le travail en aval et en amont, soit avant le lancement, pendant et après...
A+
Posted by: Vincent | January 19, 2010 at 01:03 PM
Comme toujours, excellent article !
Etant actuellement dans la position de lancer mon projet, votre article conforte mon idée qu'il vaut mieux arriver à faire avec peu de moyen pour commencer le temps de roder la machine !
Posted by: Ludovic | January 20, 2010 at 02:00 AM
Tiens, Jérome, comme c'est bizarre, je n'ai aucune nouvelle de vous !? ;-)
Posted by: Michel de Guilhermier | January 20, 2010 at 09:30 AM
Vous voyez ; il est possible de s'intéresser à un business sans être partie prenante.
Posted by: Jerome | January 21, 2010 at 12:27 PM
Désolé, vous ne m'avez pas convaincu du tout, au contraire même.
Les personnes qui appellent avec un numéro caché, ne veulent ni le donner ni décliner leur identité, c'est sûr ça met en confiance !
Ni courageux ni loyal, enfin, sachez que je ne suis pas dupe.
Posted by: Michel de Guilhermier | January 21, 2010 at 12:29 PM